Quelles leçons tirer du documentaire « Bikram »?

Par Geneviève Drolet.

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Mise en contexte : Le documentaire « Bikram », produit par Netflix, relate le parcours du fondateur d’un type de yoga du même nom, devenu un véritable empire, de son arrivée aux États-Unis dans les années 1970 à sa condamnation pour, entre autres, fraude et harcèlement sexuel et moral en 2016. Devant les accusations qui se multipliaient (d’anciennes élèves ont aussi porté plaintes pour viol et agressions sexuelles) et l’ampleur des montants en dommages et intérêts exigés (près de 7 millions), Bikram Choudhury a fui les États-Unis et se cache maintenant en Inde. Cela ne l’empêche pas de poursuivre ses activités et formations de yoga au Mexique, notamment, et en Europe.

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Le visionnement du documentaire « Bikram » a été une dure épreuve. Le contenu de cette heure et demie est tellement dense et, plus souvent qu’autrement, choquant qu’il est difficile d’en tirer des leçons constructives, particulièrement en raison de sa conclusion en « queue de poisson ». Je me suis tout de même demandé quelles réflexions pourraient en être tirées afin d’éviter, peut-être, que l’histoire se répète, à petite ou grande échelle.

Je pense que ce documentaire est une excellente occasion de rappeler aux élèves qu’ils ont des droits et que les dérives de « l’industrie du yoga » doivent être dénoncées, peu importe qui elles concernent. L’idée ici n’est donc pas de revenir sur les événements ou sur le personnage lui-même. Il s’agit plutôt de rappeler qu’aucune réputation n’est assez grande ou prestige suffisamment imposant pour prévaloir sur les droits des élèves à pratiquer le yoga dans un espace sécuritaire respectant leurs limites et leurs besoins, tant physiques que psychologiques.

Voici donc, en rafale, les quelques leçons que j’ai tirées à ce sujet à la suite de l’écoute de ce documentaire :

Sur la popularité de l’approche

L’argument premier assoyant la crédibilité de Bikram Choudhury est qu’il avait « guéri » des célébrités. Ce n’est pas parce qu’une méthode, une technique ou un produit est populaire chez les Madonna, Georges Clooney et Jennifer Aniston de ce monde que ça veut dire que c’est bon pour toi, ou bon tout court. Le fait qu’une approche soit à la mode auprès de vedettes hollywoodiennes ne constitue pas une preuve de sa pertinence. En plus, des enquêtes journalistiques ont démontré que, souvent, ce gourou autoproclamé mentait sur la notoriété de ses élèves (notamment en ce qui concerne le Président Nixon). En fait, ces enquêtes ont même révélé que ce n’est pas lui qui a inventé la séquence de postures alors qu’il en revendique la création. Cette fameuse popularité reposait donc sur une série de mensonges.

Sur la relation avec la vérité

Justement, si un de tes professeurs s’autoproclame « l’humain le plus pur que tu ne verras jamais sur terre » (traduction libre, il a vraiment dit ça) ou s’attribue des qualités ou des vertus surhumaines, enfuis-toi. S’il te dit que le yoga peut tout guérir. S’il maintient que tu n’as pas le choix de faire ce qu’il te dit même si tu as mal ou que tu ne veux pas. S’il t’insulte, t’humilie en public ou en privé. S’il t’impose des ajustements manuels ou une promiscuité exagérée sans te demander ton consentement. Enfuis-toi, encore plus loin.

Sur la nature de la relation élève/professeur(e)

D’un point de vue éthique, un ou une professeur(e) de yoga ne doit pas développer de relations amoureuses ou sexuelles avec ses élèves. Initier des actions, des gestes ou des paroles qui entraînent une forme de confusion à cet égard peut être un signal assez clair que la personne devant toi manque de professionnalisme et de discernement face à son rôle. À tout moment, si tu ressens un inconfort par rapport à cet aspect de votre relation, permets-toi de l’exprimer (à une personne de confiance ou directement au professeur, si tu es suffisamment à l’aise).

Sur la séparation des rôles

Si tu te fais dire de « séparer la personne du professeur » parce que tu exprimes des malaises sur la manière d’agir de cette personne, dis-toi que ce n’est pas une réponse convenable. Cette phrase a été dite trop souvent dans de nombreux cas d’abus de pouvoir de toutes sortes. Non pas que le professeur se doit d’être parfait, personne ne l’est, mais rappelle-toi un principe très simple : ce que tu n’acceptes pas dans ta vie de tous les jours n’est pas plus acceptable dans tes cours de yoga.

Sur la notion de « Gourou »

Tu peux, bien sûr, vouer une grande admiration à ton ou ta professeur(e) de yoga pour toutes sortes de raisons. Tu peux même en faire ton « gourou » puisqu’en sanskrit le terme guru veut aussi dire « enseignant » ou « maître spirituel ». C’est ton droit de vouloir un tel guide dans ta vie. Par contre, si cette relation devient inéquitable, en ce sens où ton « gourou » te demande des services ou des faveurs qui ne t’apparaissent pas raisonnables ou avec lesquels tu n’es pas à l’aise sous prétexte que ça fait partie de ta formation ou de ton apprentissage, permets-toi de refuser. Le fait d’être l’élève de quelqu’un ne justifie aucune forme d’exploitation qu’elle soit physique, psychologique ou financière.

Sur l’importance de te respecter

La relation professeur/élève en est une où les échanges (oui, c’est un échange car les professeur(e)s apprennent aussi de leurs élèves) se font dans la bienveillance, l’empathie et le respect. Un respect mutuel mais, surtout, un respect de toi-même. Ne l’oublie jamais et ce, peu importe qui se trouve à l’avant de la salle.


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