Le temps du sacrifice.

Par Amélie Fischer.

 

Il n’est pas rare qu’on se préoccupe d’abord de ce qu’on vit nous, avant de penser à ce que vivent les autres.

Avec le privilège que nous sommes nombreux à vivre quotidiennement, les inégalités sont indéniables: socialement, financièrement, en terme d’accès à l’information, à la santé, etc.

Pourtant, je me dis toujours qu’il n’y a pas de niveaux de gravité en terme de ressentis.

Ce que je ressens est aussi vrai que ce que tu ressens, peu importe l’écart immense qui existe entre ce que nous vivons chacun de notre côté.

Alors on va se le dire: la situation actuelle n’est facile pour personne. Chacun vit ses frustrations, ses doutes, sa colère.

Chacun fait aussi ses sacrifices.

Je me suis prise à ressentir de la colère dernièrement car j’avais l’impression que mes sacrifices étaient plus importants que d’autres. Parce-que mon suivi de grossesse est devenu téléphonique, parce-que je dois faire mon échographie seule, car mes proches ne me «verront» pas enceinte, qu’avec la fermeture des frontières, qui sait quand ils verront mon bébé, etc (tout un tas de raison qui alimentent les frustrations très facilement quand on a décidé qu’elles doivent être alimentées).

J’étais en colère car il me semblait que certains sacrifices à faire actuellement n’étaient donc pas si difficiles à faire par rapport aux miens, exemple: sortir de chez soi seulement pour ce qui est indispensable, écouter les consignes, accepter de se distancer, de changer sa routine, etc.

Puis en parlant avec les gens, je me suis rendue compte à quel point c’était en fait difficile pour eux de devoir les faire, ces concessions qui me semblaient tellement à la portée de tous.

Je ne sais pas s’il y a des degrés de gravité, mais je crois qu’il n’y a pas de degrés de ressentis.

Et que parce-qu’on n’est pas dans la tête et dans le cœur des gens, avec tout ce que ça comporte; leur vécu, leur histoire, leurs bagages, etc: à aucun moment on ne peut prendre pour acquis que ce qu’ils vivent est plus facile que ce qu’on vit. À aucun moment on peut dire qu’on sait mieux qu’eux comment ils devraient vivre ce qu’ils vivent dedans.

Ça a été une belle leçon pour moi cette semaine. Je sais bien que je vais probablement retomber dans mes habitudes de jugement, de «moi, c’est plus grave ce que je vis que toi», «moi, ça a plus d’importance». Et ce n’est pas grave, on n’est pas parfait. Et puisque tous les ressentis me semblent vrais, je ne vois pas pourquoi ceux-là aussi devraient être banalisés.

Alors, je me pardonne…:)


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