Bienveillance.

Par Joanie Lemire.

 

 

Une nutritionniste fréquente une station de Yoga. Elle craint

qu’on lui propose une cure de jus detox pour guérir sa myopie.

Elle juge. Mais elle découvre la bienveillance.

 

Mon p’tit Moi je m’excuse

 

J’ai grandi dans une maison où l’impulsion de tes sentiments était sermonnée et j’ai laissé s’ériger des murs de pierre autour de tes désirs. J’ai mis tes passions dans ce petit enclos pour éviter le pire et je suis devenue ce qu’on a voulu que je sois. Je t’ai perdu en chemin et je peine à t’apercevoir malgré mes yeux qui se plissent. J’entends le murmure de tes cris, mais la cacophonie qui règne dans ma tête m’empêche de les écouter.

 

Je m’excuse pour tous ces monologues qui t’humilient et ces jugements qui te dénigrent. Je m’excuse pour tous ces scénarios catastrophiques qui te terrorisent et que ma tête diffuse en boucle. C’est qu’elle en a de l’imagination cette tête. Je m’excuse pour tous les doutes qu’elle a semés, je sais qu’ils ont germé et empêché tes rêves de fleurir. Je m’excuse pour tous ces discours défaitistes qu’elle beugle haut et fort et qui te paralysent. Je m’excuse pour toutes ces erreurs amplifiées qu’elle affaisse sur tes épaules et qui t’empêchent de grandir. J’aimerais apercevoir l’étendu de tes couleurs, mais mes yeux ne discernent que le noir et le blanc qui t’entourent. Je m’excuse de t’oublier trop souvent au profit de ma raison. C’est que ta peine m’angoisse et ta colère me culpabilise. Et je suis désolée de t’imposer toutes ces questions. À essayer de tout comprendre, j’en oublie de te laisser exister.

 

J’en ai marre parfois de cette tête. Elle me fâche, me saoule, m’exaspère. Je suis outrée quand elle t’empêche de danser parce qu’elle trouve le rythme de tes pas irrégulier. Je suis scandalisée quand elle minimise tes exploits parce qu’elle les juge indignes d’un couronnement et je suis sidérée par cet exil qu’elle t’inflige parce qu’elle ne peut supporter l’étendu de tes amours. Je m’excuse de t’avoir cherché là où tu n’étais pas. J’ai parcouru des continents et gravi toutes les montagnes de ce monde pour te retrouver tout juste à côté de moi. Je m’excuse pour ces innombrables détours où je t’ai trimbalé maladroitement. Je te redécouvre aujourd’hui dans un bien piètre état ; écorché et sali par toutes ces années d’ignorance. Ça ne t’empêche pourtant pas de sourire. Décidément, je ne te comprends pas encore très bien.

 

Mais tu sais, il y a cet endroit un peu étrange où je me risque à t’observer. Ma tête le déteste. Chaque mercredi elle s’y engage dans un inconfort cruel et peine à comprendre la raison du calme qui y règne. Mon corps immobile l’angoisse et le silence qui enveloppe l’espace la terrifie. Alors elle me questionne, me distrait, me juge. Mais parfois, pour quelques secondes seulement, les notes d’une mélodie lointaine la laissent sans mots et elle se tait. Et ça fait un bien immense. Ton dos se courbe, tes jambes s’allongent, tes pieds se pointent et moi, étendue sur ce tapis, je me plais à te regarder danser. Alors, pour ces quelques secondes seulement… j’y retourne.


 


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