Quand être prof de yoga, ça met mal à l’aise

Par Amélie Fischer.

 

Il est très difficile pour moi de naviguer à travers ce qu’il se passe partout dans le monde (et ce, pas seulement depuis la mort de George Floyd) tout en me disant “prof de yoga”.

 

Prof de yoga implique que j’ai des connaissances sur cette pratique ou que j’en ai compris certaines choses, puis que j’essaie de les partager. Et bien, ce que je crois en avoir compris s’éloigne de plus en plus de la façon dont il est présenté.

 

Aujourd’hui, plus que jamais, le monde entier est pointé du doigt quand aux choix qu’il fait de séparer, catégoriser, et pousser à plus de pouvoir constamment. Merci la technologie.

 

On réalise, on déconstruit, on réapprend. On ne sait pas s’il faut parler ou se taire. Mais on sait qu’il y a du travail à faire.

 

Qu’en est-il de nos propres classes de yoga? Ce yoga unificateur, ouvert, accessible et profond ? “We are one”…

 

Comment est-il représenté pendant ces 60 minutes où l’on est en avant sur nos tapis?

 

Je me rappelle que mes classes étaient plus diversifiées à Montréal qu’à Québec, et pourtant… Les gens de couleur sont bien là dans la Capitale Nationale et probablement tout aussi intéressés par le fait de développer des outils pour aller bien ou être plus en paix.

 

Peut-être pourrions-nous questionner notre langage, nos séquences, notre image comme personne qui est à l’avant, et qui ne représente pas toujours l’ouverture (nous portons des vêtements hors de prix, nous nous montrons sous des postures plus souples et plus fortes que les participants, nous considérons parfois notre “expertise” comme quelque chose de grande valeur qui ne fait qu’agrandir la séparation avec l’autre).

 

Peut-être pouvons-nous questionner l’image renvoyée par les studios dans lesquels on choisit de partager cette “expertise”. A-t’il fait l’effort de réflexion ? Le fait-il continuellement? Reconnaît-il, au moins, que peu de diversité est mise en avant dans son marketing et dans ce qu’il offre? S’il reconnaît qu’il n’est pas en mesure de rejoindre plus de personnes actuellement, quelles actions met-il en place pour aller dans cette direction? Encourage-t’il ses professeurs à se former dans cette direction? Organise-t’il des groupes de discussion entre les professeurs?

 

Dans un monde où tout peut maintenant se dire et s’apprendre, il serait temps que nous considérions les failles de ce business qu’est devenu le yoga, quand chacune et chacun d’entre nous, le percevons d’une manière si belle et si pure. Nous avons un rôle à jouer, au-delà de nos discours et de nos séquences.

 


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