Prendre le temps

Par Kéane Côté-Demers.

Il y a trois semaines, c’est revenu. Comme un trop-plein, comme une brûlure, un feu en moi qui se répercute sur ma peau. Depuis quelques années, je fais de grosses crises d’eczéma. Ce qui peut sembler au premier regard une maladie de peau banale, un petit inconfort, est devenu un enfer pour moi. Ça a commencé en 2016. Ça a évolué sur plusieurs mois. Au pire de la maladie, j’en avais sur tout le corps, je ne dormais que quelques heures par nuit et je ne pouvais supporter d’être dans la douche plus de deux minutes. Le moral en a pris une sacrée claque. Je n’avais plus d’énergie. Je ne riais plus. Je prenais une journée à la fois. J’avais l’impression de porter un habit de feu que tout le monde pouvait voir. Je me sentais laide et épuisée. Je suis allé voir plusieurs médecins, un dermatologue, des naturopathes, une acupunctrice, un médecin amérindien. J’ai arrêté le gluten, les produits laitiers, le sucre, l’alcool. Ça a pris deux ans, beaucoup d’amour et un voyage de six mois et demi avant que je puisse retrouver un rythme de vie «normal». En 2019, tout portait à croire que j’avais le feu sous contrôle.

Il y a trois semaines, c’est revenu. Une accumulation de facteurs, quelques nuits d’insomnie, un peu de déni, beaucoup de stress, vous avez les ingrédients parfaits pour une récidive alarmante. J’ai eu très peur. Je ne pouvais pas m’imaginer retomber aussi profond que la dernière fois. J’ai tiré le break à bras ! Il fallait que j’arrête, que je ralentisse. Avec la certitude que tout allait bien aller, que je passerais à travers cette crise aussi et que j’avais les outils pour calmer les choses, j’ai pris un pas de distance et j’ai analysé le rythme de vie que j’avais. Je me suis mise à méditer encore plus longtemps que d’habitude. J’ai éteint mon ordinateur pour me donner des moments de silences. Ma mère m’a acheté un livre qui parle d’un régime pour les personnes aux prises avec l’eczéma.

Depuis trois semaines, j’apprends à prendre soin de moi, à me guérir. Je passe des heures dans la cuisine à me préparer des petits plats qui me donneront ce dont j’ai besoin pour guérir. J’apprends à prendre mon temps et à apprécier le temps que j’ai. J’ai mis un frein sur les mille et un projets que j’avais en tête. Lorsque je me sens fatiguée, je vais me coucher (dans la mesure du possible), et ce, même s’il est 14h. Ralentir. Ça me fait un bien énorme. Je n’ai pas une quantité incroyable d’énergie alors je dois choisir ce que je mets en priorité, je fais des plus petites journées. C’est difficile pour quelqu’un comme moi qui suis impatiente et aime faire les choses à fond, mais je vois la différence. Je guéris. Lentement, très lentement.

Je dois comprendre la façon dont je suis bâtie et agir en conséquence. Je dois apprendre à vivre ma vie de façon saine pour moi et non selon un idéal. La méditation et la pleine conscience m’aident énormément à sentir ce qui se passe dans mon corps. Tout prend du temps, je dois prendre le temps. Prendre le temps pour moi, faire du temps pour les gens qui me font du bien, prendre le temps pour mes projets et ne pas les presser. Je dois apprendre qu’il y a un bon timing pour tout et que le fait d’être plus patiente ne pourra qu’être bénéfique pour moi.

Inspire. Expire. Prends ton temps.


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