L’éloge du silence

Par Élie-Anne Gagnon.

Vous est-il déjà arrivé de choisir de vivre un moment de votre vie en silence? Que ce soit quelques heures ou quelques jours? Une fois, deux fois, trois fois? Est-ce une pratique régulière pour vous? Certaines retraites (méditation, yoga ou autre) se vivent dans le noble silence, totalement ou partiellement.

 Mais qu’est-ce que c’est le noble silence? Le noble silence c’est une volonté de s’abstenir de toute forme de communication avec nos comparses humains. C’est d’accepter en toute bonne foi de se réfugier à l’intérieur de soi-même. C’est de partir à la rencontre et à la découverte de notre unicité, de notre unité.

 Demeurer dans le silence au milieu d’autres gens qui ne partagent pas tous le même niveau de volonté est un défi en soi. Pour certaines personnes, ce geste est beaucoup plus aisé. Pour d’autres, ce l’est moins. Plusieurs choses peuvent émerger lors d’une période de silence, mais si on reste bien à l’écoute, de merveilleux trésors s’y cachent.

 Garder le silence c’est créer de l’espace. C’est aussi permettre à notre esprit de se poser. Ou pas. Parfois, notre esprit prend l’allure de chevaux sauvages que l’on peine à maîtriser. Parfois, c’est l’angoisse qui monte. D’autres fois, ce qui remonte ce sont des évènements souffrants. Ça fait mal. Pourtant, si on écoute vraiment, on peut voir et sentir que ce n’est pas vain. Si ça surgit, c’est nécessaire et quelque chose de bien en sortira. Comme un salut.

 Ma dernière expérience de silence en groupe a éveillé toute sorte de choses en moi. C’était lors d’une retraite au cours de ma formation de yoga. Le silence nous avait été imposé par surprise et plusieurs personnes ont été réactives et ne respectaient le silence que devant les profs… C’est leur choix! Mon premier défi a été de faire face et d’accueillir tous les sentiments qui émergeaient en réaction à mes collègues adorés qui prenaient plus difficilement cette règle impromptue. Mon regard se fixait au sol par crainte que quelqu’un s’adresse à moi d’une manière ou d’une autre. Ça devenait anxiogène!

 J’ai aussi trouvé que de garder le silence et de cesser de communiquer avec des gens avec qui tu as l’habitude de communiquer et de surcroît avec qui tu es en train de vivre une expérience plutôt intense, c’est tough. Mais je tenais à vivre l’expérience. Le silence pour moi, c’est un peu comme un refuge. Ça me permet de m’arrêter et de tendre l’oreille.

 À mon sens, le silence en groupe est d’autant plus symbolique, mais surtout, plus puissant. Les autres sont les reflets constants de notre âme. Nous évoluons davantage en contact avec les autres que seuls dans notre coin. C’est confrontant, l’autre! Il nous force à vivre des choses qu’on ne veut pas nécessairement. C’est la part de non-contrôle et ce que l’on voit en eux, c’est le mirage de notre intérieur. Des petits bobos qu’on avait peut-être oublié de panser. De nos petits travers qu’on tente d’oublier ou de cacher. De notre ego qui est souvent meurtri et qui veut donc bien qu’on s’occupe de lui.

Bref, le silence pour moi, il est salvateur. Je suis toujours curieuse de voir ce qui s’y cache. Chaque fois, c’est différent. Parfois, il donne l’effet d’un rallye à dos de taureau et d’autres fois c’est plus comme glisser sur une eau calme avec plein d’amies-loutres.

 Le silence. Je vous souhaite à tous d’en faire l’expérience au moins une fois et de lui laisser la juste chance de vous montrer ce dont il est capable.

 Un peu plus de sérénité et un bon silence à vous!


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