Le privilège tombé aux oubliettes…

Par Amélie Fischer.

Souvent, je me demande comment c’est possible que j’aie accès à autant de richesse quand tellement de personnes n’ont même pas accès à l’eau.

 J’ai la chance d’être en ce moment à Singapour, ville très riche culturellement et aussi financièrement. Au Québec, je ne suis pas riche, je suis considérée dans la moyenne. Je pense pourtant que j’ai énormément, et surtout suffisamment.

 Ici, je croise des gens qui dorment dans la rue, mais aussi ceux qui vivent dans le plus grand luxe. L’immensité des buildings, la vie à 350 km/h des businessmen, la quantité infernale de lumières, d’évènements en tous genres, Cartier, Dior, de plus en plus et encore plus…

 Ces hommes et femmes d’affaires qui s’en vont dans d’immenses buildings tous les matins, parés des plus beaux vêtements et bijoux, mais ayant oublié de s’habiller de leurs sourires, apprécient-ils ce qu’ils ont?

 Il ne s’agit pas de s’en vouloir d’avoir trop (car on est aussi très bons pour se taper dessus quand on n’est pas content de nos réactions), mais plutôt d’apprendre à aimer ce qu’on a. Avant de parler de faire de grandes actions humanitaires, c’est probablement en étant appréciatif au quotidien de la beauté des choses qui nous entourent, qu’on peut faire un premier pas vers plus de compassion pour ceux qui n’ont rien.

 Je n’ai pas choisi d’être née où je suis née. Je n’ai pas choisi d’avoir les parents que j’ai, ni l’éducation que j’ai eue, et d’autres n’ont pas eu cette chance.

 Alors, si quand tu te plains (et tu as le droit de te plaindre, toutes tes émotions ont de la valeur), tu vois quelque chose d’un peu plus grand, d’un peu plus large, à l’extérieur de ta personne, aussi large que l’échelle de la planète, peut-être peux-tu transformer tout ça en un peu plus d’amour. De l’amour pour toi déjà, qui peux être bien plus en paix avec ce qui est, mais surtout pour les autres, car tu sais à quel point ce que tu as, et qu’ils n’ont pas, a de la valeur.

 C’est très facile de se plonger dans le «ce n’est pas assez», quand on a en fait absolument tout. C’est devenu comme un programme d’entraînement dans lequel on devient de plus en plus bon à force de le faire, Ça fait même du bien, c’est réconfortant.

 Penses-y, à quel point le simple fait même d’avoir la possibilité d’aller prendre un cours de yoga, est un privilège, quand d’autres se préoccupent de ce qu’ils vont manger le jour même. À quel point en tant que professeur, on est également privilégié d’avoir des élèves qui peuvent se le permettre. Comment voyager et pouvoir se déplacer facilement est une chance.

 L’une des idées que le yoga nous enseigne est Santosha, le contentement. Santosha nous invite à apprécier ce qu’on a, à se suffire en toute sérénité, en laissant de côté les besoins illusoires, les désirs et la frustration. Facile à dire, mais pas facile à faire.

 Voyager, c’est aussi ça. Et finalement, je ne crois pas que j’ai besoin d’aller si loin pour être le témoin de bien trop de grandeur autour de moi, grandeur qui nous aspire dans une spirale infinie d’insatisfaction.

 Le yoga peut faire partie de tout ce que tu fais, en vivant en conscience par exemple. Conscience qui est une première étape vers la compassion.

Après tout, pourquoi le yoga, si ce n’est pour espérer qu’on laisse une place un peu plus belle que lorsque l’on est arrivé?


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