Confinée et éloignée : quand ta famille est éparpillée

Par Geneviève Drolet.

 

Je viens d’une famille très unie. Ironiquement, elle vit présentement aux 4 coins de la planète… ben pas tout à fait mais, presque, si la planète était plus petite, mettons.  C’est donc dire que les relations à distance, je connais. Je dois toutefois admettre que le contexte actuel m’a amenée à vivre cette distanciation de manière un peu plus dramatique. En effet, à la distance physique s’est ajouté l’enjeu de l’accès à ma famille qui, à chaque jour, se restreignait toujours un peu plus.

 

Ma soeur est en Ontario, mes parents au Lac St-Jean et mon frère vit en Allemagne. On est habitué de ne pas se voir souvent. Par contre, depuis le début de la pandémie, ce ne sont plus les centaines kilomètres nous séparant qui nous empêchent de nous voir, mais bien une interdiction pure et simple d’entrer, les uns et les autres, dans nos territoires respectifs. La distance entre nous est tout d’un coup devenue irrévocable voire irréconciliable. Comme on dit par chez nous :  “ça fesse dans le dash!”.

 

Je sais que les gens qui vivent dans la même ville ne peuvent pas non plus se côtoyer comme d’habitude, mais ils pourront (ou peuvent, avec toutes les tergiversations du déconfinement j’avoue être parfois assez mêlée merci…) tout de même se voir à 2 mètres de distance. Une petite marche, un café ou même une petite réunion de chaises pliantes dans la cour arrière seront peut-être sur la liste des activités cet été (à l’extérieur de la maison bien sûr). Pour les grands-parents, reste toujours le petit “coucou” à travers la vitre. C’est loin d’être l’idéal, mais c’est déjà ça de gagné. 

 

Dans mon cas, bien qu’il soit question de rouvrir les régions dans les prochains jours, la logistique des visites risque de s’avérer pas mal compliquée. Il restera toujours le camping dans la cour ou le séjour à l’hôtel ou même au zoo, qui sait, je viens de St-Félicien (ils ont sûrement des cages de libres comme disait mon grand-père 😉 ). Et là on ne parle même pas des restrictions et précautions propres à la tranche d’âge dans laquelle se trouvent mes parents. Bien que pour ça, c’est la même chose pour tout le monde j’en conviens.

 

Malgré tout, je ne perds pas espoir. J’essaie de ne pas projeter ou anticiper les événements dans un avenir beaucoup plus éloigné que la semaine courante. Je n’ai jamais été top en gestion du temps et en élaboration d’échéancier. Ça devient, dans ce cas, une sorte de qualité. Je dois admettre, par contre, que la chronologie des événements a mis à rude épreuve ma capacité à “belieeeeeever” (à chanter sur l’air de la toune des Smashmouth, ça rend ça plus joyeux).

 

En effet, le jour de la fermeture de l’espace aérien canadien aux vols internationaux, j’ai eu un p’tit frette dans le cou. Je gardais toujours en tête que je pourrais aller voir mon frère et sa famille en Allemagne. Honnêtement, ça doit faire 2 ans que je niaise solidement avec le projet. Je regardais les billets sans les acheter, j’en parlais avec mon frère sans toutefois concrétiser l’engagement… un classique quoi.  Mais, peu importe, je pouvais toujours “believer” puisque la possibilité d’y aller existait. Là, subitement, c’est devenu impossible. On ne sait pas vraiment quand ça le deviendra à nouveau et à quel point ce sera compliqué lorsque les vols reprendront. Est-ce que ça reviendra à la “normale” … on ne peut pas le savoir pour le moment. Je vais mettre un foulard, le frette dans le cou va rester un bon moment.

 

Le jour où les frontières entre les provinces ont été fermées, je me suis mordu le dedans des joues. Il m’était désormais impossible d’aller visiter ma soeur et sa famille en Ontario. Bon l’Ontario vous me direz… mais non, c’est une blague (et pas très originale en plus, je sais).  L’affaire c’est que cette province abrite 4 de mes humains préférés. Je me permettais, parfois, de rêver à un petit voyage express de quelques jours pour faire le plein de câlins de mon neveu et de becs baveux de ma nièce. Ça s’est concrétisé quelques fois, mais pas assez souvent à mon goût. Encore une fois, la possibilité d’y aller était là. Ça me semblait quelque chose d’acquis. À nouveau, cette possibilité m’est révoquée. Là, c’est moi qui en bave et c’est pas mal moins cute que ma nièce.

 

Le jour où certaines régions du Québec ont été fermées, j’ai eu quelques sueurs froides dans le dos. Mes parents, qui vivent au Lac St-Jean, m’étaient désormais complètement inaccessibles physiquement. Même si cette interdiction a une portée plus symbolique pour l’instant, elle revêt tout de même une forme de gravité inquiétante. Des fois, je me rendais au Lac pour un petit 2 jours d’amour inconditionnel, de nature et de bonne bouffe. C’est quand même juste à 3 heures de route, une peanut quand tu as envie de voir tes parents (qui sont, en passant, les plus cool des 4 coins de la planète). Rien ne m’empêchait de traverser le fameux Parc des Laurentides à part, parfois, la météo. Je ne le savais pas, mais le fait d’avoir ce choix était un privilège. Je ne suis pas prête de l’oublier et je le savourerai à sa juste valeur quand je l’aurai de nouveau. Je pense à aller souper chez mes parents tous les dimanches soirs quand tout ça sera fini. Bon, c’est peut-être eux qui vont finir par avoir des sueurs froides, mais on verra rendu là. 

 

Je me suis aussi mise à penser à tous les expatrié.es qui sont ici, au Québec, et dont le reste de la famille est dans un autre pays. Je me sens, en quelque sorte, un point en commun avec eux, même si mes parents sont dans la même province et ma soeur dans le même pays. J’espère qu’ils ont un bon réseau social et des personnes qui peuvent les aider à briser cette sensation de double éloignement.

 

Le bon côté est que cette pandémie se produit en 2020.  On peut au moins compter sur plusieurs moyens de communication relativement accessibles pour garder un contact virtuel. Je parlais souvent à ma famille avant la pandémie, c’est maintenant quotidien et même, je l’avoue, des fois plus. Des rendez-vous planifiés à des heures fixes ou d’autres plus impromptus pour parler de nos journées “confinées”, pour se pâmer devant tout ce qu’ont pu faire mes neveux et mes nièces, parler de nos plus récentes recettes ou pour discuter des dernières recommandations gouvernementales. Sans oublier le plaisir de, parfois, discuter un bon 5 minutes avec des narines ou un haut de front (non, je ne vise personne ici). Des fois même, on s’obstine et ça me fait chaud au coeur. Ça veut dire qu’on va bien. 

 

On a toujours dit loin des yeux, loin du coeur mais cette crise nous apprendra peut-être à être loin des yeux, certes, mais un peu plus près du coeur (ou des narines… ou du front… ça dépend des plans de caméra ça). 

 


Categories: Comment tu vas?

Partagez votre avis